La bataille pour une intelligence artificielle ouverte

La technologie de l'intelligence artificielle (IA) a envahi nos vies numériques, avec des interfaces comme ChatGPT, DeepSeek ou Perplexity qui s'installent sur nos ordinateurs et nos appareils mobiles. Mais cette prolifération se fait souvent au détriment de la démocratie numérique. Les géants de la tech, tels que Meta, OpenAI, Microsoft et Google, dominent le marché de l'IA et rendent difficile l'accès à ces outils pour les populations les plus vulnérables.

Une alternative publique à l'ia privatisée

Face à cette réalité, une initiative prend forme pour offrir une alternative à l'IA privatisée. C'est le cas de Current AI, une organisation à but non lucratif créée en février 2025 par Martin Tisné. Son but est de créer une IA ouverte, accessible à tous, pour éviter que le futur de cette technologie ne soit monopolisé par des intérêts privés.

Current AI a déjà mis en place des projets comme Suno Sutra, un appareil portable qui permet d'utiliser l'IA sans connexion internet, et qui est disponible dans 22 langues indiennes. L'organisme finance également des initiatives comme Masakhane, qui développe des ressources pour plus de 50 langues africaines, ou l'Institut for the Creation of Worlds, qui se concentre sur la numérisation du patrimoine culturel arabe.

Une vision comparable à la naissance du web

Une vision comparable à la naissance du web

La vision de Current AI peut être comparée à la naissance de la toile en 1991 par Tim Berners-Lee, qui visait à créer un espace numérique ouvert et accessible à tous. De même, Current AI prétend offrir une infrastructure pour l'IA qui soit disponible pour une large part de la population, et non réservée à une élite.

En cela, Current AI bénéficie d'un soutien public important, avec des contributions de la part de la France (100 millions de dollars), de la Fondation Ford, de la Fondation MacArthur, de DeepMind et de Salesforce, pour un montant total de 400 millions de dollars (environ 350 millions d'euros). Ces fonds ne sont pas considérés comme des investissements, mais bien comme des financements publics destinés à promouvoir un projet d'intérêt général.

Cependant, Current AI doit encore relever de nombreux défis, notamment en ce qui concerne la protection des langues, des cultures et des données dans l'ère de l'IA. L'organisation estime que la moitié des langues parlées dans le monde est menacée de disparition, et que le anglais prédomine, accentuant les fractures existantes. Elle finance donc des projets qui créent des jeux de données et des outils d'IA pour des zones de forte nécessité, comme les régions africaines ou les communautés indigènes de la forêt amazonienne.

En somme, Current AI s'efforce de créer une IA qui soit accessible, non mercantilisée et capable de servir l'intérêt général, plutôt que d'être un outil exclusif au service d'une élite. C'est une vision qui peut révolutionner le paysage de l'IA, et qui mérite d'être suivie de près.